L’édito par Laurenne MAMBA.
L’Eglise est-elle encore consciente d’être un seul corps? La question peut déranger, mais elle mérite pourtant d’être posée.
Lorsqu’on observe le paysage ecclésiastique dans les quatres coins du monde, une réalité semble difficile à ignorer: le corps paraît aujourd’hui profondément fragmenté. Les dénominations se multiplient, les ministères se développent, les assemblées poursuivent leurs missions, mais la communion entre les différentes parties du corps de Christ semble parfois s’effriter.
Les querelles, les badbuzz font la une des réseaux sociaux qui deviennent une sorte de tribunal. Chacun avance de son côté. Chacun défend son ministère, sa vision, son église, son responsable, son courant. Et parfois, le frère ou la sœur qui devrait être considéré comme un membre du même corps devient presque un concurrent, ou un égaré sur qui on jette des pierres. Pourtant, l’Eglise n’appartient à aucun homme. Elle appartient à Jésus-Christ.
Un corps ne peut pas fonctionner dans la division. D’ailleurs, l’apôtre Paul donne une image simple mais profonde de l’Eglise, celle d’un corps. Il dit dans les écritures précisément dans 1 Corinthiens 12: 27 « Vous êtes le corps de Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part. »
Cela revient à dire que un corps possède plusieurs membres. L’œil n’a pas la fonction de la main. La main n’a pas celle du pied. Le cœur n’a pas celle du poumon. Mais aucun de ces membres n’est inutile. C’est précisément leur complémentarité qui permet au corps de fonctionner.
Paul écrit: «L’œil ne peut pas dire à la main: Je n’ai pas besoin de toi; ni la tête dire aux pieds: Je n’ai pas besoin de vous.» 1 Corinthiens 12:21. Cette parole mérite d’être entendue et considérée par l’Eglise en général et particulièrement celle du Gabon.
Une assemblée n’a pas besoin de mépriser une autre parce qu’elle ne fonctionne pas de la même manière. Un ministère n’a pas besoin de considérer un autre ministère comme une menace. Un serviteur de Dieu n’a pas besoin de voir la réussite d’un autre comme une diminution de sa propre valeur. Dans un corps sain, les membres ne se combattent pas, ils se complètent.
L’Eglise du Gabon, comme ailleurs, est diverse. Et cette diversité n’est pas nécessairement un problème. Les sensibilités peuvent être différentes. Les appels peuvent être différents. Les ministères peuvent être différents. Les méthodes peuvent être différentes. Mais une différence ne devrait jamais devenir une raison de rupture.
Le corps de Christ n’a pas été appelé à être uniforme. Il a été appelé à être uni. L’unité ne signifie donc pas que toutes les assemblées doivent se ressembler, ni que tous les chrétiens doivent avoir les mêmes pratiques.
L’unité signifie reconnaître une réalité supérieure à toutes les différences: Jésus-Christ est le Seigneur. Et tous ceux qui lui appartiennent constituent son corps.
Il y a quelque chose de profondément préoccupant lorsque des chrétiens passent davantage de temps à se comparer, à se vilipender qu’à se soutenir. C’est lorsque la visibilité d’un ministère devient une source de jalousie, lorsque le succès d’une église est perçu comme une menace par une autre, lorsque les différences doctrinales deviennent des murs infranchissables, lorsque les faiblesses d’un frère deviennent une occasion de jugement plutôt qu’une invitation à prier pour ce dernier, lorsque les blessures entre responsables deviennent des blessures infligées à tout le corps. A force de fonctionner ainsi, le corps finit par perdre sa force.
Un corps dont les membres se combattent est un corps affaibli. Et une Eglise divisée a plus de difficultés à porter efficacement son témoignage dans une société qui a pourtant besoin d’espérance, de vérité, de compassion et de repères.
Il faut que les uns et les autres comprennent que avant les dénominations, il y avait Jésus. Avant les titres, il y avait Jésus. Avant les ministères, il y avait Jésus. Avant les grandes assemblées, les programmes, les conférences et les constructions, il y avait Jésus.
Paul affirme dans les écritures: «Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, savoir Jésus-Christ.» 1 Corinthiens 3:11.
L’Eglise du Gabon doit donc régulièrement revenir à cette question essentielle: Jésus-Christ est-il véritablement au centre de tout? Car lorsque Christ est réellement au centre, les ambitions personnelles doivent progressivement céder la place au service. La compétition doit céder la place à la complémentarité. L’orgueil doit céder la place à l’humilité. La rancœur doit céder la place au pardon. Et la division doit céder la place à la communion. L’unité n’est pas une invention humaine. Elle était au cœur de la prière de Jésus.
Dans l’Evangile de Jean, le Christ prie pour ceux qui croiront en lui: «Afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi.» Jean 17:21.
Cette prière devrait interpeller profondément l’Eglise. Car si Jésus lui-même a placé l’unité de ses disciples dans sa prière, comment l’Eglise peut-elle considérer la division comme une chose normale?
Il ne s’agit pas de nier les blessures, les désaccords ou les différences. Il s’agit de refuser que ces différences deviennent plus fortes que ce qui rassemble les enfants de Dieu. La solidarité doit redevenir une réalité. Une Eglise qui se considère comme un seul corps ne peut pas rester indifférente lorsqu’une partie du corps souffre.
Lorsqu’un chrétien traverse une épreuve, la réponse ne devrait pas être le jugement, mais la prière. De même pour un ministère qui connaît des difficultés, la réaction ne devrait pas être la réjouissance, mais le soutien. Tout comme pour une communauté qui accomplit une œuvre utile, les autres devraient pouvoir s’en réjouir. Lorsqu’un frère tombe, l’objectif devrait être de le relever, avec vérité et amour.
«Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui; si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui. » 1 Corinthiens 12:26. Voilà la logique du corps.
Le monde, l’Afrique et le Gabon ont besoin d’une Eglise capable de marcher ensemble. Une Eglise appelée à contribuer à l’éducation des consciences, à l’encadrement de la jeunesse, au soutien des familles, à la solidarité envers les plus vulnérables et à la transmission des valeurs de l’Évangile. Il y en a tellement à donner. Mais pour porter efficacement ce témoignage, encore faut-il que ses différentes composantes comprennent qu’elles ne travaillent pas pour des royaumes personnels. Elles servent le Royaume de Dieu.
Pour cela, il faut de l’humilité, savoir écouter, demander pardon, pardonner, accepter de faire un pas vers l’autre et surtout, il faudra revenir à Christ. L’unité durable doit être reconstruite autour de Jésus-Christ.
L’Eglise du Gabon particulièrement, doit également se rappeler qu’aucun membre du corps n’est insignifiant. Tous ceux qui sont au service ont leur place, quelque soit la tâche car ils sont tous utiles pour le Royaume.
Peut-être est-il temps pour l’Eglise de revenir à l’essentiel. Revenir à la Parole, à la prière, à l’amour fraternel, au pardon, au service, à l’humilité, et surtout, revenir à Jésus-Christ. Car lorsque Christ reprend véritablement sa place au centre, les hommes cessent progressivement d’occuper une place qui ne leur appartient pas.
Christ est la tête. L’Eglise est le corps. Les chrétiens sont les membres. Et chaque membre a un rôle à jouer.
Le Gabon n’a pas besoin d’une Eglise qui soit simplement nombreuse. Il a besoin d’une Eglise unie autour de Jésus-Christ, solidaire dans les épreuves, humble dans le service et capable de reconnaître dans l’autre un membre du même corps. Car lorsque les membres du corps se rapprochent, le corps se fortifie. Et lorsque le corps se fortifie, Christ est davantage visible.
«Il y a un seul corps et un seul Esprit… un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous.» Éphésiens 4:4-6. Que chacun s’approprie cette parole.

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