A l’occasion de la Journée de l’enfant africain, le ministère de la Justice, Garde des Sceaux, chargé des Droits humains par son département des Affaires sociales, de la protection de la jeunesse et de l’assistance judiciaire, en partenariat avec l’UNICEF, a organisé ce 2 octobre une journée récréative au sein de la prison centrale de Libreville. Une initiative placée sous le signe de la sensibilisation, du partage et surtout du rappel que les enfants en conflit avec la loi demeurent des enfants, avec des droits qui doivent être protégés.
Derrière les murs de la prison centrale, l’ambiance était inhabituelle ce 2 octobre. Loin du quotidien carcéral, les enfants en détention ont pu vivre un moment de détente, de partage et d’expression à l’occasion de la Journée de l’enfant africain.

Cette année, la célébration a été placée sous le thème: <L’accès à l’eau et à l’assainissement pour tous les enfants >. Un thème qui prend une résonance particulière lorsqu’il est abordé dans un environnement carcéral, où les conditions de vie et d’hygiène constituent des enjeux majeurs pour la dignité et le bien-être des mineurs, sans oublier que l’eau et l’assainissement constituent des droits et non des privilèges pour eux.
Pour le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, chargé des Droits humains, Augustin Emane, cette journée constitue un rappel de la responsabilité collective à l’égard des enfants privés de liberté.
« Cette journée nous rappelle notre engagement envers la protection des enfants et leurs conditions en milieu carcéral. L’accès à l’eau et à l’assainissement n’est pas une faveur, mais un élément essentiel au bien-être des enfants », a-t-il martelé.
Un message également porté par la représentante de l’UNICEF, Marie-Reine Fabry, qui a insisté sur la nécessité de faire de la protection de l’enfant une priorité des politiques publiques.
« Cette journée vise à sensibiliser les politiques publiques et revaloriser les actions en faveur des enfants. En tant qu’organisme luttant pour les droits des enfants, nous interpellons les parties prenantes à garantir les conditions d’hygiène aux enfants dans le milieu carcéral », a-t-elle souligné.
Au-delà des discours, la journée aura permis de remettre au centre des préoccupations une réalité parfois oubliée: la privation de liberté ne signifie pas la privation de droits.
La célébration a également laissé une place importante à la culture et au divertissement. Après l’exécution de l’hymne national, les enfants incarcérés ont livré plusieurs prestations de rap, de slam et de danse. Des activités sportives, notamment le tir à la corde et la course en sac, ont également rythmé cette journée, favorisant des moments de convivialité entre les différents participants.
Deux jeunes artistes ont par ailleurs pris part à l’événement. A travers leurs prestations et leurs échanges avec les enfants, ils ont délivré des messages de sensibilisation et d’encouragement, rappelant que la détention ne doit pas nécessairement constituer une rupture définitive avec la société.
Mais derrière les sourires et les activités récréatives, les enfants ont aussi profité de cette occasion pour faire entendre leur voix.
Conscients d’avoir commis des actes contraires à la loi, certains ont néanmoins rappelé que leur situation nécessite un accompagnement adapté et des perspectives pour leur avenir. Parmi leurs principales préoccupations figurent notamment l’accès au matériel d’hygiène et d’entretien, avec des besoins en brosses à dents, dentifrice, savon, balais et autres produits essentiels.
Ils ont également exprimé le souhait de bénéficier d’un accompagnement en matière d’insertion professionnelle, afin de pouvoir envisager une réintégration dans la société à l’issue de leur détention.
Autre préoccupation soulevée, l’optimisation du suivi de leurs dossiers, afin de permettre une meilleure prise en charge de leur situation judiciaire.
Ces revendications donnent une autre dimension à la célébration. Car si l’enfant en conflit avec la loi doit répondre de ses actes, il reste également un être humain en construction, qui doit pouvoir bénéficier de conditions compatibles avec sa dignité et de perspectives de réinsertion.
Si cette initiative au sein de la prison centrale de Libreville mérite d’être saluée, elle pose également la question de la situation des mineurs détenus dans les autres établissements pénitentiaires du pays. Les enfants privés de liberté ne se trouvent pas uniquement dans la capitale. D’autres mineurs sont détenus à l’intérieur du pays et connaissent, eux aussi, les réalités de la détention, avec leurs besoins spécifiques en matière d’hygiène, de protection, d’accompagnement judiciaire, d’éducation et de réinsertion.
Les droits de l’enfant ne devraient pas dépendre du lieu où celui-ci se trouve détenu. L’enjeu est donc désormais de voir ce type d’initiatives s’étendre aux autres établissements pénitentiaires du pays, afin que les enfants en conflit avec la loi, où qu’ils se trouvent, puissent eux aussi bénéficier d’actions de sensibilisation, de soutien et d’accompagnement.
Cette Journée de l’enfant africain aura ainsi rappelé une évidence fondamentale: un enfant qui a transgressé la loi ne cesse pas pour autant d’être un enfant.
La justice doit répondre aux actes commis, mais la société a également le devoir de préparer ces jeunes à retrouver leur place en son sein. L’accès à l’eau, à l’hygiène, aux soins, à l’éducation, à l’accompagnement et à la réinsertion ne devrait donc pas être considéré comme un privilège accordé aux enfants détenus, mais comme une composante de leur protection et de leur dignité.
Derrière les barreaux, ces enfants continuent de grandir. La manière dont la société les accompagne aujourd’hui déterminera aussi les adultes qu’ils deviendront demain.

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