EXIL DE LA FAMILLE BONGO ET PERTE DE L’ÎLE MBANIÉ : ANALYSE D’UNE COMMUNICATION DE CRISE

Le rôle du Conseiller Spécial en communication du président de la République et de sa cellule communication est de transformer une crise potentielle en opportunité politique, en assumant la complexité des décisions d’État tout en maintenant la confiance du peuple. Telle est la base qui définit les actions et décisions de ce département stratégique au sein de la Présidence d’un pays tel que le Gabon.

 

Depuis le jeudi 08 mai 2025, la communication de la présidence gabonaise est dans les mains d’un nouveau leadership. Malheureusement pour cette jeune équipe, les jours qui ont suivi ont vu un enchainement d’évènements liés à la présidence gabonaise, dont les répercussions ont été perçus négativement par l’opinion. Il s’agit de la libération et l’exil de la famille Bongo ainsi que de la perte de l’île Mbanié au profit de la Guinée Équatoriale. La gestion de cette narrative dans les médias nationaux et internationaux révèle un mécanisme de communication inadapté aux besoins des autorités actuelles.

 

Première crise : La libération de Sylvia et Nourredine Bongo

Dans l’après-midi du 11 mai 2025, plusieurs médias internationaux publient une information selon laquelle Sylvia et Nourredine Bongo auraient été libérés de la prison centrale de Libreville, depuis le matin du 9 mai. L’information est également largement relayée sur les réseaux sociaux. Tout le monde attend une réaction de la présidence de la république… En vain.

Pire… Dans la soirée du 15 mai, les autorités angolaises publient des clichés de l’ancienne famille présidentielle à la descente d’un avion, sur le tarmac de Luanda. Elles confirment ainsi que les Bongo ont quitté le territoire gabonais, sans aucune décision judiciaire annoncée et sans aucune communication préalable du bord de mer.

Pourquoi la cellule communication a-t-elle semblé totalement larguée en ce qui concerne cette actualité ? Voici quelques questions à se poser :

1- Les Bongo étaient libres, semble-t-il, depuis le 9 mai. La nouvelle équipe communication avait-elle cette information ? Sinon, qui gérait cette information, et pourquoi ces gens ont considéré qu’il n’était pas important que le CS-Com soit informé ?

2- Dans le cas où la cheffe de département a proposé un plan de communication au Président, cela signifie qu’il n’a pas été appliqué. Pourquoi n’a-t-elle pas alors utilisé d’autres moyens pour faire valider son programme ?

 

Qu’aurait-il fallu faire ?

I. Phase en Amont de la Libération (en supposant qu’elle avait l’information de la libération)

Élaboration du narratif central de crise (le 09 mai).
Validation auprès du président de la République d’un plan de communication à 3 temps : pédagogie – apaisement – légitimation.
Rédaction de fiches arguments pour les médias et des diplomates (le rôle joué par l’Angola et l’Union africaine).
Validation auprès du président de la République d’un plan de communication à 3 temps : pédagogie – apaisement – légitimation.

 

II. La Libération

Le procureur fait une conférence de presse où il annonce la libération (même si elle a lieu quelques heures plus tôt). On s’assure qu’on a des photos de cette libération à utiliser plus tard. Le même jour, on annonce une conférence de presse du Porte-Parole, qui a déjà tous les éléments de langage. Juste après, en soirée, on déploie des experts pour participer à des débats TV/radio pour répondre aux fausses informations et calmer les récits hostiles.

 

III. Phase en Aval de la Libération

On continue avec le martelage médiatique, en ciblant surtout les plateaux d’expertise autour des décisions juridiques et de l’impact diplomatique… On peut également utiliser des influenceurs à qui on aura expliqué en profondeur le bienfondé de l’action posée.

Si chacun joue son rôle comme il le faut, il n’y aura pas de grand scandale et le départ de la famille Bongo sera au contraire perçu comme un soulagement. On contrôle l’information au niveau local, depuis la sortie des Bongos jusqu’à leur départ, en étroite collaboration avec le cabinet du procureur. On évite également que le peuple gabonais apprenne l’arrivée de l’ex-famille présidentielle en Angola, uniquement sur la page Facebook du pays d’accueil.

 

Deuxième crise : La perte de l’île Mbanié au profit de la Guinée Équatoriale

Le 19 mai, le Gabon a essuyé un revers dans le différend frontalier l’opposant à la Guinée équatoriale. À l’issue du verdict de La Haye, la Cour internationale de justice (CIJ) a donné raison au pays de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, la Guinée Equatoriale, lui permettant d’assumer de facto la souveraineté sur les Îles Mbanié, Cocotiers et Conga. Cette décision provoque une vive émotion nationale et interroge la capacité du pays à défendre son intégrité territoriale.

La cellule de communication présidentielle, sous la direction du Conseiller Spécial, se doit d’organiser une riposte communicationnelle rapide, crédible et apaisante. Comment devrait-elle procéder ?

 

Objectifs stratégiques immédiats :

Protéger la légitimité du Président et de l’État gabonais.
Canaliser la frustration populaire et éviter les débordements nationalistes.
Réaffirmer la souveraineté morale, diplomatique et juridique du Gabon.
Maintenir l’unité nationale et la confiance dans les institutions.

La décision de la cour de justice était attendue. Le CS ne peut pas être surpris qu’elle tombe, l’équipe devrait s’être préparée en conséquence, dans les deux sens.

 

I. Réaction en Amont

Organiser une réunion de crise avec l’équipe de communication et des experts du droit de la mer et des frontières/traités internationaux pour harmoniser la réponse.
Préparer immédiatement trois documents :
Un point de presse quasi immédiat pour le porte-parole et un discours à tonalité grave et digne.
Un communiqué officiel (texte) expliquant la décision et appelant à l’unité.
Un argumentaire à distribuer aux médias et diffuser dans les ambassades.
Superviser une campagne digitale sobre, patriotique, évitant toute incitation à la haine.

 

II. Réaction en Aval

Juste après la décision, activer les points précédents.

Envoyer des experts du droit de la mer et des frontières/traités internationaux pour participer à des débats encadrés, afin d’orienter les frustrations vers une réflexion nationale sur la souveraineté, le droit international et l’avenir.
Multiplier les interventions pour rappeler les efforts historiques du Gabon pour résoudre pacifiquement ce différend.
Expliquer que la CIJ ne décide pas pour le Gabon, mais ouvre la voie à d’autres négociations (évoquer des précédents).
Mettre en lumière les initiatives diplomatiques futures, dont une coopération renforcée avec les pays de la sous-région.

 

Ici, l’objectif de la cellule communication est de transformer cette annonce défavorable en un acte de maturité républicaine. Par une communication disciplinée, digne et mobilisatrice, on pourra renforcer la résilience nationale et éviter tout effondrement symbolique de l’autorité de l’État.

 

En conclusion, il est dommage qu’aucune des actions décrites ci-haut n’ait été entreprise par la cellule communication du Palais Rénovation. Plusieurs semblent s’accorder sur le fait qu’ayant nouvellement accédé à ces fonctions, il était difficile pour la CS de préparer ou de faire passer d’éventuels conseils. « Nous, à Kanisa Think Tank, pensons que non, car c’est à la pertinence de son Conseil que l’on reconnait un bon conseiller ».

 

Kanisa Think Tank
Desk communication

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