La société gabonaise traverse une crise préoccupante de l’éducation, des valeurs morales et du respect des règles qui fondent toute communauté organisée. Ce malaise, qui s’observe dans les familles, les établissements scolaires, les administrations et jusque dans les espaces publics, révèle une fragilisation progressive de l’autorité, de la discipline et du respect mutuel.
Aujourd’hui, il devient de plus en plus inquiétant de constater que l’autorité de l’Etat est ouvertement défiée à certains coins de rue, que les symboles de la République sont parfois tournés en dérision et que les règles élémentaires du vivre-ensemble semblent perdre leur sens. Une partie de la jeunesse donne parfois le sentiment de ne plus reconnaître aucune limite, de contester systématiquement l’autorité des adultes et de confondre liberté individuelle et absence totale de contraintes.
Mais une question fondamentale mérite d’être posée: comment construire une nation forte lorsque le respect de l’autorité, la responsabilité individuelle et le sens du devoir ne constituent plus des repères suffisamment solides dans la société?
Il serait cependant injuste de faire porter toute la responsabilité de cette situation à la jeunesse. Les comportements des jeunes sont aussi le reflet des modèles qu’ils observent, de l’éducation qu’ils reçoivent, des valeurs que les adultes transmettent et des exemples que les institutions donnent. On ne peut exiger de la jeunesse une discipline que les adultes eux-mêmes refusent parfois d’incarner. On ne peut réclamer le respect des institutions lorsque certains responsables contribuent, par leurs comportements, à banaliser l’impunité, l’injustice et le mépris des règles.
La famille doit retrouver sa fonction première de cellule d’éducation et de transmission des valeurs. L’école doit redevenir un véritable sanctuaire du savoir, de la discipline, du mérite et de la citoyenneté. Les enseignants doivent être respectés et soutenus dans l’accomplissement de leur mission. Les parents doivent assumer pleinement leurs responsabilités éducatives. Quant aux autorités administratives, politiques et judiciaires, elles doivent comprendre que l’exemplarité est le premier fondement de toute autorité légitime.
L’Etat gabonais doit donc prendre pleinement ses responsabilités. Il ne suffit plus de multiplier les discours sur la citoyenneté, la paix, la discipline et le vivre-ensemble. Il faut des actes concrets, une politique éducative cohérente et une véritable volonté de restaurer les valeurs républicaines.
Cela suppose notamment de:
– renforcer l’éducation civique et morale dès le plus jeune âge;
– restaurer l’autorité des parents, des enseignants et des institutions;
– lutter fermement contre les violences, les incivilités, la délinquance et l’impunité;
– faire respecter les lois sans discrimination ni favoritisme;
– valoriser le mérite, le travail, l’honnêteté et le sens de la responsabilité;
– responsabiliser les parents face aux comportements de leurs enfants;
-créer des perspectives d’avenir pour une jeunesse confrontée au chômage, à la précarité et à la perte de repères.
Toutefois, restaurer l’autorité de l’Etat ne signifie pas instaurer la peur, encourager les humiliations ou promouvoir la violence. Une autorité véritable repose sur la justice, la cohérence, l’exemplarité et l’application équitable de la loi. L’Etat doit être ferme sans être brutal, juste sans être complaisant et exigeant sans être arbitraire.
Il faut également rappeler à la jeunesse que les droits ne peuvent durablement exister sans devoirs, que la liberté n’autorise pas le mépris d’autrui et que la contestation ne dispense jamais du respect des lois. Être jeune ne signifie pas être affranchi de toute responsabilité. Être libre ne signifie pas pouvoir tout se permettre.
Une nation ne se construit pas uniquement avec des routes, des bâtiments, des ponts et des infrastructures. Elle se construit aussi avec des consciences éveillées, des citoyens responsables, des familles solides et des institutions respectées. Le Gabon a besoin d’une véritable renaissance morale et citoyenne. Cette renaissance ne peut être l’œuvre du seul gouvernement, ni celle des seuls parents ou enseignants. Elle exige une mobilisation collective de toutes les composantes de la société.
Il est temps de comprendre qu’une République sans discipline s’expose au désordre, qu’une société sans éducation s’expose à la décadence et qu’un État qui renonce à faire respecter ses propres lois finit par fragiliser sa propre légitimité. L’autorité ne se décrète pas, elle se construit. Le respect ne s’impose pas uniquement par la force, il se mérite par l’exemplarité. Et l’éducation ne doit jamais être sacrifiée sur l’autel de la facilité.
Le Gabon ne doit pas se résigner à cette dégradation des repères sociaux. Il est encore temps d’agir, mais il faut agir maintenant, avec courage, lucidité et responsabilité, car la véritable richesse d’une nation ne réside pas seulement dans les ressources de son sous-sol, mais aussi et surtout dans la qualité morale, intellectuelle et citoyenne de ses filles et de ses fils.
Louis-Marie Madegha, La Plume du Peuple

Laisser un commentaire