CNAMGS: Cotiser pour rien? Le cri silencieux des fonctionnaires de l’intérieur du pays

Chaque fin de mois, le même rituel se répète sur les bulletins de solde des fonctionnaires gabonais. Une ligne discrète, presque banalisée, rappelle à chacun sa contribution à la Caisse Nationale d’Assurance Maladie et de Garantie Sociale (CNAMGS). Une retenue automatique, obligatoire, prélevée sans discussion au nom de la solidarité nationale et du droit à la santé.

 

 

Pourtant, derrière cette promesse sociale se cache une réalité beaucoup moins reluisante. Car si les cotisations sont bel et bien prélevées, les prestations, elles, semblent avoir disparu dès que l’on franchit les limites de Libreville.

La CNAMGS devait être le symbole d’un Gabon plus juste. Elle est devenue, pour de nombreux agents de l’État vivant en province, le symbole d’une inégalité territoriale profondément enracinée.

A ce rythme la solidarité emprunte un sens unique. Instituée pour garantir l’accès aux soins à tous les Gabonais, la CNAMGS repose sur un principe simple : chacun contribue selon ses moyens afin que tous puissent bénéficier d’une protection sanitaire digne.

 

 

Sur le papier, le mécanisme paraît irréprochable. Les fonctionnaires cotisent chaque mois. L’État participe également au financement. En retour, les assurés doivent bénéficier d’une prise en charge significative des consultations, examens médicaux, hospitalisations et médicaments.

Mais dans les faits, une question revient avec insistance: où se trouve réellement cette couverture maladie pour les agents affectés à l’intérieur du pays ? Car pour eux, la CNAMGS ressemble de plus en plus à une institution virtuelle. Une administration dont les prélèvements sont bien réels, mais dont les services demeurent invisibles.

 

 

Ainsi, l’intérieur du pays, demeure le grand oublié de la couverture maladie.
À Libreville, malgré les dysfonctionnements régulièrement dénoncés, il demeure encore possible de trouver des structures conventionnées et de bénéficier partiellement du système.

En province, la situation prend une tout autre dimension.

Dans plusieurs localités, les assurés peinent à identifier des établissements appliquant effectivement le tiers-payant. Certains centres hospitaliers exigent le paiement intégral des prestations. Les pharmacies conventionnées sont rares, lorsqu’elles existent encore. Quant aux remboursements, ils se transforment souvent en parcours administratif interminable.

Les témoignages convergent et dessinent le même constat : la CNAMGS est devenue un privilège urbain.

Comment expliquer qu’un enseignant à Libreville puisse théoriquement bénéficier de sa couverture sociale tandis qu’un autre, exerçant les mêmes fonctions à Tchibanga, Makokou, Lastoursville ou Mitzic, soit contraint de supporter seul l’intégralité de ses dépenses de santé ?

Le principe républicain d’égalité semble s’arrêter aux frontières administratives de la capitale.

Payer deux fois pour survivre, tel devient le calvaire des fonctionnaires de l’arrière pays.

Le plus préoccupant demeure sans doute cette impression d’injustice qui s’installe progressivement parmi les cotisants.

Car les fonctionnaires de l’intérieur ne contestent pas le principe de la solidarité. Ils contestent le fait de payer pour un service auquel ils n’ont pratiquement jamais accès.

Ils cotisent une première fois à travers les prélèvements obligatoires opérés sur leurs salaires.

Puis ils paient une seconde fois lorsqu’ils doivent financer eux-mêmes consultations, analyses médicales, hospitalisations ou médicaments.

Autrement dit, ils supportent à la fois le coût de l’assurance et celui des soins.

Cette double contribution finit par transformer ce qui devait être un mécanisme de protection en une source supplémentaire de précarité.

Pour beaucoup de familles, une simple urgence médicale suffit désormais à déséquilibrer durablement le budget du ménage.

Dix-sept années de promesses inachevées
Depuis sa création en 2007, la CNAMGS a bénéficié de ressources considérables et de multiples réformes annoncées comme décisives.

Pourtant, dix-sept ans plus tard, les mêmes difficultés persistent:
* Absence de proximité administrative.
* Manque de structures conventionnées.
* Retards de remboursement.
* Difficultés d’accès aux médicaments.
* Désertification des services dans plusieurs provinces.

Face à ces constats, les explications fondées sur les contraintes budgétaires ou les retards de paiement de l’État ne suffisent plus.

Les assurés attendent désormais des résultats tangibles.

Ils veulent savoir comment sont utilisées leurs contributions.

Ils veulent connaître la réalité des conventions signées avec les établissements de santé.

Ils veulent surtout pouvoir utiliser leur carte d’assuré lorsqu’ils tombent malades.

Comment restaurer la confiance?
La question n’est plus seulement financière. Elle est devenue morale.

Une assurance maladie ne tire sa légitimité ni de ses textes fondateurs ni de ses campagnes de communication. Elle la tire de sa capacité à protéger effectivement ceux qui la financent.

Il devient donc urgent de publier un état précis des structures réellement opérationnelles par province, de renforcer les antennes locales, d’améliorer le contrôle des prestataires et d’assurer une transparence totale sur la gestion des fonds collectés.

La confiance ne se décrète pas car elle se mérite.

La CNAMGS représente sans doute l’une des plus importantes ambitions sociales de l’histoire contemporaine du Gabon. Mais une ambition ne vaut que par sa concrétisation.
Aujourd’hui, des milliers de fonctionnaires de l’intérieur du pays continuent de contribuer chaque mois à un système dont ils ne perçoivent presque jamais les bénéfices. Ils ne demandent ni privilège ni faveur. Ils réclament simplement ce qui leur est dû. Car lorsqu’une assurance prélève sans protéger, elle cesse progressivement d’être un outil de solidarité pour devenir une charge supplémentaire imposée à ceux qu’elle prétend servir.

 

 

Louis Marie Madegha

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