Les Panthères: jusqu’à quand faudra-t-il payer pour perdre?

L’édito par Laurenne MAMBA.

Le Gabon a encore perdu. Vendredi 25 septembre 2026, à Rabat, les Panthères se sont inclinées 2-0 face au Maroc pour leur entrée en lice dans les éliminatoires de la CAN 2027. Les Marocains ont trouvé la faille à la 36e minute avant de sceller définitivement leur victoire à la 84e.

 

Une défaite de plus. Un résultat de plus. Et, surtout, une question qui finit par devenir difficile à éviter: jusqu’où le Gabon est-il prêt à continuer de financer une équipe nationale dont les résultats, depuis des années, peinent à justifier les moyens qui lui sont consacrés ?

 

A quoi sert encore l’équipe nationale ? Il ne s’agit pas ici de remettre en cause le football, encore moins le talent de tous les joueurs gabonais. Le football est une passion populaire, un élément de cohésion et un formidable vecteur d’image pour un pays. Mais une passion ne dispense pas d’une exigence de résultats. Car derrière chaque déplacement, chaque stage, chaque équipement, chaque prime, chaque encadrement, chaque organisation de match et chaque prise en charge, il y a une réalité, c’est l’argent public qui est engagé. Et cet argent provient, directement ou indirectement, du contribuable gabonais.

 

Alors une question mérite d’être posée sans détour: quel est aujourd’hui le retour sur investissement de l’équipe nationale pour la nation gabonaise ?

Combien coûte-t-elle au contribuable? Le problème n’est pas de perdre un match. Toutes les grandes équipes perdent. Le problème est de constater que les défaites et les éliminations semblent se succéder sans qu’une véritable transformation structurelle du football gabonais ne soit perceptible.

 

A chaque nouvelle campagne, le scénario paraît familier. Nouvel entraîneur, nouveaux discours, nouveaux espoirs, pas de véritable changement dans la sélection… puis les mêmes interrogations.  Pendant ce temps, le pays fait face à des besoins autrement urgents en terme d’écoles, hôpitaux, routes, formation professionnelle, emploi des jeunes, agriculture, infrastructures sportives de proximité.

Peut-on continuer à mobiliser des ressources importantes pour une sélection nationale sans exiger, en contrepartie, une véritable stratégie de performance? Le problème n’est peut-être pas l’équipe, mais le système! Il serait trop facile de faire porter toute la responsabilité aux joueurs.

 

Une sélection nationale ne se construit pas uniquement quelques jours avant un match. Elle est le produit d’un système qui constitue formation des jeunes, championnat national, détection, infrastructures, encadrement technique, suivi médical, préparation physique, gouvernance, financement et vision à long terme. Si le système ne produit pas régulièrement une équipe compétitive, changer simplement les hommes ne suffira pas.

 

Une nation qui veut des résultats doit investir dans la construction de ses champions avant de leur demander de sauver son honneur sur un terrain.

Pourquoi ne pas se demander combien d’enfants gabonais pourraient être formés avec une partie des sommes consacrées à l’équipe nationale? Combien de terrains de proximité pourraient être aménagés? Combien de jeunes entraîneurs pourraient être formés ? Combien de centres de formation pourraient être structurés? Combien de clubs pourraient être accompagnés ? Combien de jeunes talents pourraient être détectés dans les provinces ?

 

Le problème n’est donc pas forcément de  supprimer l’équipe nationale mais la question devrait plutôt être: Quelle équipe nationale voulons-nous et quel prix sommes-nous prêts à payer pour quel résultat ?

 

Le Maroc a remporté son premier match des éliminatoires de la CAN 2027 face au Gabon et les Panthères se retrouvent déjà sans point au terme de cette première journée. Elles doivent désormais recevoir le Niger le 29 septembre à Franceville.

Mais au-delà du prochain match, c’est une réflexion beaucoup plus profonde qui devrait être engagée. Combien coûte réellement notre football ? Que rapporte-t-il au pays ? Quels résultats exige-t-on de ceux qui le dirigent?Quelle politique sportive voulons-nous pour les dix prochaines années ? Et surtout combien de temps encore le contribuable gabonais devra-t-il financer un système dont les résultats ne semblent pas évoluer à la hauteur des investissements consentis ?

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