«Aimons ce pays comme Dieu nous aime»: quand l’amour de Dieu devient un appel à aimer le Gabon

Par Laurenne MAMBA.

A Makokou, à l’occasion de la troisième édition de la Fête de la Libération, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a choisi de commencer son discours par une phrase à forte portée spirituelle et patriotique: «Mes chers compatriotes, aimons ce pays comme Dieu nous aime». Une formule courte, mais dont la profondeur dépasse largement le cadre d’une célébration officielle. Elle pose une question essentielle: qu’est-ce que aimer véritablement son pays?

 

 

Dans la tradition chrétienne, l’amour de Dieu n’est pas conditionnel. Dieu aime l’être humain malgré ses faiblesses, ses erreurs et ses imperfections. Il accompagne, corrige, relève et donne la possibilité de recommencer.

Appliquée au Gabon, la phrase présidentielle peut ainsi être comprise comme une invitation à regarder la Nation avec cette même disposition du cœur: ne pas aimer uniquement lorsque tout va bien, lorsque l’on bénéficie d’un avantage ou lorsque ceux qui gouvernent répondent à nos attentes.

Aimer le Gabon, ce n’est pas seulement l’aimer en paroles. Aimer son pays, c’est aussi continuer à vouloir son bien dans les moments difficiles. C’est souhaiter sa paix, sa prospérité et son unité, même lorsque l’on est soi-même confronté aux difficultés.

 

 

Le choix de la référence à Dieu donne donc au patriotisme une dimension morale: le Gabon ne doit pas seulement être considéré comme un territoire, mais comme un héritage collectif dont chaque citoyen porte une part de responsabilité.

Le président a immédiatement prolongé cette formule en parlant d’un amour incommensurable pour la Patrie et de la volonté de bâtir un Gabon nouveau. Cette précision est importante. Elle rappelle que l’amour véritable ne se limite pas aux déclarations, aux chants patriotiques, aux drapeaux brandis lors des cérémonies ou aux discours prononcés lors des fêtes nationales.

 

On aime le Gabon lorsque l’on refuse de jeter les déchets dans les rues, lorsque l’on protège les forêts et les mangroves, lorsque l’on respecte les biens publics, lorsque l’on paie ses impôts, lorsque l’on accomplit correctement son travail et lorsque l’on refuse la corruption.

On aime le Gabon lorsque l’enseignant donne le meilleur de lui-même à ses élèves, lorsque le médecin soigne avec conscience, lorsque le fonctionnaire sert l’usager avec respect, lorsque l’entrepreneur respecte ses engagements et lorsque le citoyen respecte les lois de la République.

Autrement dit, aimer la patrie, c’est accepter de lui donner quelque chose de soi.

 

 

Le véritable patriotisme commence dans les petites choses. Il est facile d’aimer le Gabon lorsque nous sommes réunis dans une grande cérémonie. Il est plus difficile de l’aimer lorsque personne ne nous regarde. Le patriotisme véritable se mesure dans les comportements quotidiens.

Le citoyen qui refuse de dégrader un bien public manifeste son amour pour le pays. Celui qui refuse de corrompre ou de se laisser corrompre le manifeste également. Celui qui travaille honnêtement, respecte son prochain, protège l’environnement et transmet de bonnes valeurs à ses enfants participe, à son échelle, à la construction nationale.

C’est là que la phrase présidentielle prend toute sa force. Si Dieu aime le Gabon et son peuple, les gabonais doivent eux aussi apprendre à aimer leur pays au-delà de leurs intérêts individuels.

 

 

Aimer son pays, c’est aussi accepter de le corriger. Mais aimer ne signifie pas fermer les yeux. Un citoyen peut aimer profondément son pays tout en critiquant ses dirigeants, en dénonçant les injustices, en demandant davantage de transparence ou en attirant l’attention sur les insuffisances des services publics.

L’amour de la patrie ne doit donc pas être confondu avec le silence. On peut aimer le Gabon et exiger qu’il soit meilleur. On peut aimer ses institutions et demander qu’elles fonctionnent mieux. On peut aimer ses dirigeants tout en leur rappelant leurs responsabilités. C’est même une forme supérieure de patriotisme, vouloir que son pays progresse plutôt que de se satisfaire de ses insuffisances.

 

Cette conception rejoint d’ailleurs un autre axe majeur du discours prononcé à Makokou. Le président a affirmé que le 30 août 2023 avait rendu au peuple la liberté de choisir mais que cette liberté imposait désormais le devoir de réussir. La libération politique ne peut avoir de sens durable que si elle produit une transformation dans les comportements. Le changement d’un régime ou d’un système ne suffit pas à transformer une Nation. Il faut également transformer les mentalités.

Un Gabon nouveau ne pourra donc pas être construit uniquement par l’État. Il devra être construit par les gouvernants, les fonctionnaires, les entrepreneurs, les travailleurs, les jeunes, les femmes, les associations, les responsables religieux et chaque citoyen. Le peuple aussi doit répondre à l’appel.

 

Au fond, cette phrase présidentielle peut être reçue plus qu’un slogan de circonstance. Elle constitue une interpellation adressée à toute la communauté nationale. Si Dieu nous aime malgré nos imperfections, alors aimons notre pays malgré ses difficultés. Si Dieu veut voir son peuple grandir, alors travaillons à faire grandir le Gabon. Si Dieu nous donne la possibilité de nous relever, alors ne condamnons pas notre Nation à ses erreurs passées.

 

 

Le véritable amour du Gabon ne se proclame donc pas seulement le 30 août. Il se vit chaque jour dans la rue, dans les bureaux, dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les entreprises, dans les familles et dans les lieux de décision, car au-delà des célébrations de la Libération, une autre libération reste peut-être à accomplir: celle des mentalités, de l’incivisme, de l’égoïsme et de l’indifférence à l’intérêt général.

 

Et si le Gabon doit réellement devenir ce beau pays et ce Gabon nouveau évoqués par le chef de l’Etat, alors chacun devra répondre à cette question simple mais exigeante: qu’est-ce que je fais, concrètement, chaque jour, pour montrer que j’aime mon pays ?

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