Victoire Lasseni Duboze: “les richesses du pays doivent servir à tous ceux qui vivent dans une même nation”.

 Victoire Lasseni Duboze: “les richesses du pays doivent servir à tous ceux qui vivent dans une même nation”.

17 Août 1960-17 Août 2020, voilà 60 ans que le Gabon a acquis son accession à la souveraineté internationale.

Pour revenir un temps soit peu sur l’histoire et son évolution, notre rédaction est allée à la rencontre de madame Victoire Issembé ep. Lasseni Duboze, psychologue de formation, personnalité politique nationale et internationale, ancienne ministre et première femme à annoncer  sa candidature à l’élection présidentielle de 2009, pour aborder cette question.

Madame Lassini Duboze, le Gabon célèbre aujourd’hui ses 60 ans d’indépendance. Quel est votre regard sur l’évolution du pays par rapport à cette accession à la souveraineté internationale?

 

Je tiens à vous remercier pour l’honneur que vous faites à ma modeste personne et pour l’opportunité que vous me donnez de m’exprimer.

Je peux dire que je fais partie de l’histoire des indépendances car j’avais entre 7 et 8 ans quand le Gabon est devenu indépendant. Alors que ma mère,  Mme Issembé Marie Cathérine devenue Mme Azizet Fall Ndiaye, y exerçait ses  fonctions de Directrice de la maternité de Mouila, j’ai été choisie pour chanter devant le Président Léon Mba lors de sa tournée de remerciements aux populations. Cela c’était passé dans l’enceinte de l’établissement Notre Dame de Mouila car il n’y avait pas de grands espaces pour recevoir les chefs d’Etats. Tout c’est passé en 1960 pour de nombreux pays avec chacun sa date et pour le Gabon, le 17 Août 1960 avait été retenue. C’est le président Léon Mba qui a hérité de la première présidence du pays. L’hymne nationale est l’oeuvre de Georges Damas Aleka et Louis Bigman a été le tout premier président de l’Assemblée  Nationale nommé en 1961 par le président Léon Mba.

Dans son évolution, on peut dire qu’il y a une avancée pour notre pays mais on peut regretter des retards considérables dans des domaines stratégiques comme les routes, l’eau, etc. Sur le plan des infrastructures, ils y une avancée non négligeable: le cas de l’aéroport par exemple car à l’époque, on recevait les passagers sous une tente avec une petite table. Aujourd’hui on voit clairement ce que nous avons comme aéroport. Nous avons des hôpitaux qui ont été transformés en Centres Hospitaliers Universitaires, ce sont des avancées considérables. Nous comptons également l’évolution au niveau des femmes: sous Léon Mba, leur responsabilité se voyait surtout dans le domaine de l’éducation et de la santé. Sous Omar Bongo Ondimba, nous avons eu Mme Paulette Missambo, première femme Ministre d’Etat, et Mme Georgette Koko première Vice-Premier Ministre sans oublier Mme Marie Madeleine Mborantsuo, Présidente de la Cour Constitutionnelle et l’entrée au gouvernement comme au sein du parlement et à la tête des administrations générales.

Sans trop m’étaler, disons que la promotion fulgurante des femmes dans plusieurs secteurs, se fait sous le règne d’Omar Bongo. Et avec Ali Bongo Ondimba, la différence intervient dans l’ascension des femmes aux postes jusque là réservés aux hommes: Ministre de la défense, Trésorier Payeur Général, Présidence du Sénat et tout dernièrement une femme Premier Ministre tout plein.

Mon franc parler m’amène à dire que la prise en compte de l’esprit, celui de l’humain n’a pas été suffisamment pris en compte. La culture, dans ce qu’elle a comme valeur, aurait dû avoir une place plus marquée que la seule course aux retombées du bois, du pétrole et autres richesses reconnues à notre  pays. L’humain n’a pas été suffisamment aureaulé!

 

Justement en parlant des femmes, un concept a d’ailleurs été initié, celui de la décennie de la femme fixée entre 2015 et 2025 pour permettre à la femme de s’épanouir, de s’affirmer. Aujourd’hui nous avons une femme à la tête du gouvernement. Quel est votre sentiment?

 

La décennie de la femme ne commence pas en 2015, il faut rendre à l’histoire sa vérité. La première décennie  s’est faite au sortie de la Conférence de Mexico en 1975. Dès 1976, le Gabon s’est plié aux exigences de l’ONU en décrétant une décennie de la femme. C’est la génération de nos mamans qui a assisté à cette conférence à l’époque. L ‘ONU avait décrété de la femme pour tous les pays présents à cette conférence pour permettre l’engagement de toutes les injustices et traitement dont étaient victimes les femmes. Aujourd’hui c’es une évolution qui va grandissante et on ne peut que s’en féliciter.

Voir Mme Rose Ossoka Rapndat Première Ministre 60 ans après le combat mené depuis des décennies par les femmes, est à mettre à l’actif du Président Ali Bongo Ondimba qui a compris que la présence des femmes est un plus pour améliorer la gestion du pays. Je connais madame le Premier Ministre de longue date car elle fut collaboratrice de mon mari au ministère des finances. Elle possède des qualités indéniables et un professionnalisme reconnu de beaucoup. C’est une femme pratique, femme de résultats et femme de tête. Donc c’est un bon choix. Ce qu’on peut lui souhaiter, c’est qu’on lui laisse les coudées libres pour travailler sans lui imposer une méthode politicienne de faire les choses sinon les résultats attendus risqueraient de ne pas être atteints. Sur le plan de la situation économique de notre pays, on peut avoir les résultats si ils lui font entièrement confiance.

60 ans après son indépendance, le Gabon est toujours sous l’influence  de son colonisateur. Est-ce qu’on peut espérer un jour à une indépendance concrète?

 

Si nous sommes sous l’influence comme vous le dites, c’est que soit les pères fondateurs des indépendances n’ont pas pu faire autrement, soit, ils ont mal négocié les rapports bilatéraux gagnant/gagnant. Mais en tout état de cause, il est nécessaire que l”ancienne colonisatrice, en l’occurrence la France, comprenne que nous avons un peuple considérable que nous devons respecter et hisser vers haut. Nous avons un pays immensément riche et ces richesses doivent avant tout servir à notre peuple et à tous ceux qui vivent dans la même nation. La France et les autres partenaires doivent comprendre, eux qui se battent pour enrayer la précarité dans leur pays, que le notre a un peuple qui mérite mieux que quiconque  les retombées des richesses dont regorge notre Nation.

I l ne s’agit pas de fermer la porte à la France et aux autres partenaires tous continents confondus car ils achètent nos matières, apportent leur savoir-faire et cela contribue à constituer le budget national et à insuffler un vent de démocratie mais pas en monnaie de singe. Il y a des contrats à revoir pour éviter une aversion des générations qui montent et qui s’offusquent en découvrant que l’argent du Gabon sert plus à d’autres qu’à eux en priorité. Il n’est pas normal que toutes nos richesses soient pillées parfois par le gabonais lui-même lorsque l’or et les diamants prennent des circuits détournés que ceux du trésor public.

A l’intérieur du pays, des compatriotes vivent dans la grande précarité, ce qui est inimaginable dans un pays où notre vivre ensemble doit se dérouler sans faille. Pour y arriver, ce n’est pas difficile, tout commence par le respect mutuel. Nos peuples méritent qu’on les respecte! Pour dire sans risque de me répéter qu’il ne faut pas se servir et oublier qu’il y a un peuple qui pleure, qui souffre et qui est propriétaire des richesses que Dieu  a mis dans son pays au premier rang, pour ceux qui y vivent.

Un mot sur le traditionnel discours du Président de la République adressé à la nation à la veille de la fête de l’indépendance, précisément sur le pan de l’emploi des jeunes. Il a parlé de créer 30 000 emplois d’ici 2023.

 

Nous devons d’abord réaliser que les citoyens ont arrêté de rêver. Ils attendent du concret. Ils veulent jauger en voyant leur quotidien se transformer. Depuis des années, il faut savoir qu’ils ont arrêté de se nourrir des promesses.

Je me demande si les gens qui écrivent les discours pour le chef de l’Etat l’apprécient vraiment ou s’ils le font pour le couler car ils savent que certaines promesses ne peuvent se réaliser dans les délais annoncés! C’est sa réputation qui se dégrade année après année… Quels sont les secteurs d’où sortiront ces 30.000 emplois quand les premiers 10.000 annoncés ne sont pas réalisés? On a parlé du projet Graine qui était un très bon projet. Le programme du Gabon émergent est une révolution. Qu’est-il devenu? Mais où en est-il?

En un mot, je dirais que comparées aux promesses depuis 2009, si on fait un bilan, comment celles annoncées en 2020 se réaliseraient plus que celles annoncées depuis 2009? Mon langage n’est pas celui d’une opposante que je ne suis d’ailleurs pas! Je fus un des piliers du PDG sous Omar Bongo Ondimba et même Ministre pendant moins de trois ans, mais aujourd’hui, forte de ma foi en Dieu je me suis mise hors des structures politiques partisanes.

J’ai accepté votre interview pour m’exprimer en tant que citoyenne gabonaise analysant froidement la situation. Les dirigeants gagneraient à écouter les cris de cœur du peuple pour réajuster les lignes au lieu  de s’offusquer et de se venger: le but poursuivi est de sortir des erreurs pour enclencher une voie où la justice sociale doit être une priorité.

 

Est-ce que vous pensez que la femme a un rôle important à jouer dans la transformation de la Nation?

 

Je parle ici par amour pour ma nation. La femme, parce que c’est elle qui connait les douleurs de l’enfantement, doit être une, sinon la voix qui dit à une nation qu’en 2020 après 60 ans d’indépendance, on devrait avoir dépassé le cap du sous-développement. On nous classe dans les pays à revenus intermédiaires à partir de quels critères lorsque la pauvreté est là, que les routes encore moins les pistes agricoles font défaut, lorsque les machines modernes pour développer l’agriculture ou des industries porteuses sont absentes et que l’on est toujours aux méthodes archaïques dans plusieurs secteurs d’activité? Oui pour nos CHU mais quid des appareils de pointes pour améliorer le système de santé? Oui pour nos écoles mais si nos enseignants ne sont pas recyclés pour se mettre au pas de la mondialisation, peut-on dire que nous évoluons? Alors c’est se contenter de peu! voilà ce que peut apporter une femme, une mère, une citoyenne: la vérité et non la politique politicienne parce qu’elle veut en tant que mère, qu’aucun enfant, fille et garçon ne soit laissé(e) pour compte.

Lorsqu’on regarde le niveau des femmes, si elles ne sont pas indépendantes financièrement cela veut dire que le Gabon est encore dans le sous développement  car il faut voir les choses en pourcentage en intégrant la situation des femmes en milieu rural et non au saupoudrage de quelques nominations aux postes d’envergures. Il y a trop de femmes dans la précarité et ce dans les neufs provinces du pays.

 

Pensez-vous qu’un jour une femme pourra accéder à la magistrature suprême du Gabon?

 

J’en suis plus que convaincue! Même si Rose Francine Rogombé a bénéficié des disposition de la constitution pour assurer l’intérim de la présidence de la république, il n’en demeure pas moins que dans la mémoire collective, les gabonais se plaisent à reconnaître qu’elle a assuré cette fonction avec sagesse, féminité, fermeté et succès. Alors je réponds oui, une femme accédera à la présidence de république sous cinq conditions primordiales:

  • Avoir une foi inébranlable en Dieu dont parle la constitution gabonaise et qui a été cité par Léon Mba, lors de la proclamation de l’indépendance puis appuyé par Omar Bongo dans ses derniers discours lorsqu’il a appelé les dirigeants à se repentir devant Dieu pour la gestion pas toujours loyale pour Gabon.
  • Bénéficier de la solidarité des femmes: cet état d’esprit qui manque et qui est la gangraire qui mine l’avancée des femmes.
  • Avoir le soutien des jeunes qui doivent se souvenir que la gestion du pays a été assuré 60 ans durant par les hommes qui représentent les pères mais qu’il est temps d’en confier la gestion aux femmes qui sont les mères et qui leur montrent chaque jour combien elles sont présentes dans leur quotidien pour leur assurer un équilibre propice à leur épanouissement.
  • Etre un président au service de tous les gabonais comme un sacerdoce et non d’un parti ou d’une province ou d’un clan, car gérer une nation, c’est gérer une grande famille élargie.
  • S’entourer de véritables professionnels dans chaque domaine de la gestion du pays pour former une équipe de compatriotes compétents engagés passionnément pour le développement de notre mère patrie, notre trésor commun.

Je rajoute une sixième condition, la plus importante qui marche avec la première, c’est l’amour pour ses compatriote car si l’amour n’est pas au menu, nous serons des cymbales résonnantes.

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Laurenne M.

Laurenne M.

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3 Commentaires

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  • Brillant exposé, très touchant.
    On peut entendre la voix de la sagesse.
    L’expression d’un coeur qui soupir pour le bien du plus grand nombre.
    Une fois de plus, toutes nos félicitations á Madame le Premier Ministre Rose OSSOUKA.

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  • Brillant exposé, très touchant.
    On peut entendre la voix de la sagesse.
    L’expression d’un coeur qui soupir pour le bien du plus grand nombre.

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  • Nous reconnaissons le grand défi á relever de Madame le Premier Ministre.
    Toutefois, nous croyons que c’est Dieu qui établi et qui équipe de sagesse et de sensibilité pour entendre le cri du peuple et repondre á ses attentes.

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