Employabilité au Gabon: le malaise d’une jeunesse diplômée face au mur du chômage

Sur le plateau de Gabon 24, dans le cadre de l’émission <Le Gouvernement s’exprime>, la ministre du Travail, du Plein-emploi, du Dialogue social et de la Formation professionnelle, Jacqueline Bignoumba, a déclaré:
« Beaucoup de profils inscrits au PNPE ne correspondent pas réellement aux besoins des entreprises. […] De nombreux jeunes possèdent des diplômes dans des filières qui ne répondent pas aux besoins.»
Une phrase qui sonne comme un constat technique. Mais pour des milliers de jeunes Gabonais, elle résonne surtout comme une désillusion de plus.

 

Depuis plusieurs années, les Universités et Grandes Ecoles du pays délivrent des diplômes à un rythme soutenu. Les amphithéâtres débordent, les cérémonies de remise de parchemins se multiplient, et les familles investissent tout ce qu’elles ont pour offrir un avenir meilleur à leurs enfants.
Pourtant, à la sortie, c’est le vide.

 

Les jeunes s’inscrivent au Pôle National de la Promotion de l’Emploi (PNPE) avec espoir. Ils attendent des mois, parfois des années. Ils enchaînent stages précaires, petits boulots informels ou chômage pur et simple. Et aujourd’hui, ce même refrain est chanté, on leur explique que leurs profils <ne correspondent pas> aux besoins du marché du travail.

Mais qui a orienté ces filières? Qui a validé les programmes? Qui a laissé prospérer des formations sans débouchés réels? Pourquoi ne pas restructurer les programmes et les filières dans les Universités surtout à l’Université Omar Bongo (UOB) qui reçoit des milliers de jeunes gabonais ?

 

Le décalage entre formation et marché du travail n’est pas né d’hier. Il est le fruit d’un manque d’anticipation, d’une absence de planification stratégique et d’un dialogue insuffisant entre l’Etat, les Universités et le secteur privé.

Le problème ne réside pas seulement dans les diplômes des jeunes. Il est plus profond. Il n’existe aucune cartographie claire des besoins économiques. Il y a manque d’accompagnement sérieux à l’entrepreneuriat. Une insuffisance de politiques publiques cohérentes sur le long terme.
Dans ces conditions, pointer du doigt à l’inadéquation des profils revient presque à inverser les responsabilités.
La jeunesse gabonaise n’a pas choisi seule ses filières. Elle a suivi un système éducatif structuré par l’Etat. Si ce système produit des compétences non adaptées, la responsabilité est d’abord institutionnelle.

 

Derrière les statistiques, il y a des visages. Des jeunes diplômés qui vivent encore chez leurs parents à 30 ans. Des parents qui s’endettent pour des études qui ne garantissent rien. Dans tout ça on assite à une frustration grandissante qui alimente le découragement, voire l’exil.
Le chômage n’est plus seulement un problème économique. Il devient un problème social, psychologique et politique.

 

 

En lieu et place des constats répétés, l’heure est aux réformes structurelles.
●Il faut réformer l’orientation académique par la mise en place d’une véritable politique d’orientation dès le secondaire, basée sur les secteurs porteurs (numérique, agriculture modernisée, industrie de transformation, énergies, logistique);

●Mettre en place un organisme permanent chargé de collecter des données fiables sur les besoins des entreprises, ajuster chaque année les quotas dans les filières universitaires et anticiper les métiers d’avenir.

● Développer massivement la formation professionnelle en valorisant les métiers techniques tels que la maintenance industrielle, le BTP, les métiers du bois, la transformation agroalimentaire et les métiers du numérique.
Le plein-emploi ne viendra pas uniquement des diplômes universitaires classiques.

●Encourager l’entrepreneuriat réel en mettant  en place des fonds d’amorçage accessibles, des incubateurs régionaux, un accompagnement fiscal simplifié pour les jeunes créateurs d’entreprise.

●Imposer un partenariat universités–entreprises qui va favoriser des stages obligatoires certifiants. Cela va permettre la participation des entreprises à la conception des programmes.

La déclaration de la ministre révèle une vérité. Le système ne fonctionne pas comme il le devrait. Mais la solution ne peut pas être de blâmer une jeunesse qui a cru au mérite académique. Le défi est immense. Il exige courage politique, vision stratégique et réformes profondes.

 

N’oublions pas, un pays qui forme ses jeunes sans leur offrir un avenir fabrique, à long terme, non pas des compétences inutiles, mais une génération désabusée. Et cela, aucun gouvernement ne peut se permettre de l’ignorer.

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