A Makokou, le poisson n’est peut-être pas le véritable sujet. Le sachet, lui, l’est.
A l’occasion de la Fête de la Libération, des membres du gouvernement ont choisi de se mettre au service des populations en participant à la vente de poisson. Une image de proximité, de simplicité et de communion avec les citoyens, largement relayée sur les réseaux sociaux.
Mais une autre image s’est imposée: celle du poisson remis dans des sachets plastiques. Et c’est là que commence le malaise. On se demande si le citoyen doit-il faire ce que l’État ne fait pas ?
Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics gabonais affichent leur volonté de lutter contre l’utilisation des sachets plastiques et de réduire leur impact sur l’environnement. Le citoyen est donc invité à changer ses habitudes, à renoncer au plastique, à adopter des comportements plus responsables.
Mais lorsque les représentants de l’État utilisent eux-mêmes ces mêmes sachets, même dans le cadre d’une opération ponctuelle, le message devient difficile à comprendre.
Comment convaincre la population qu’une règle est importante si ceux qui la défendent donnent parfois l’impression qu’elle peut être contournée ?
Il ne s’agit évidemment pas de condamner le fait de vendre du poisson à la population. Au contraire, le principe d’une autorité qui descend de son piédestal pour aller au contact du peuple peut être salué, même si pour certains ça reste un supplice. Mais lorsqu’un responsable public pose un acte en présence des citoyens, il ne vend pas seulement du poisson: il véhicule aussi une image de l’action publique. Et cette image doit être cohérente avec les politiques que l’État défend.
Le sachet plastique devient alors plus qu’un simple emballage. Il devient le symbole d’une contradiction entre le discours environnemental et la pratique quotidienne.
Le Gabon veut construire une société plus respectueuse de son environnement. Cette ambition nécessite des lois, des contrôles, des alternatives au plastique, mais surtout une véritable culture de l’exemplarité.
Les citoyens doivent comprendre pourquoi certaines pratiques sont interdites ou limitées. Mais ils doivent également voir que les institutions appliquent à elles-mêmes les exigences qu’elles leur adressent. Car une politique publique ne gagne pas la confiance par la seule autorité du texte. Elle gagne l’adhésion par l’exemple.
A Makokou, le gouvernement voulait montrer qu’il était proche du peuple. Il l’a effectivement fait. Mais cette proximité soulève désormais une question que la vidéo virale a involontairement placée au cœur du débat: Si l’Etat demande au citoyen de sortir du plastique, quand l’Etat lui-même en sortira-t-il ? C’est peut-être là toute la leçon de cette scène.
La Libération ne devrait pas seulement être celle des discours. Elle doit aussi être celle des incohérences.

Laisser un commentaire