Gabon/Edito: la vidéo qui sème le doute entre pardon, stratégie politique et désillusion populaire

Une vidéo montrant le Président Brice Clotaire Oligui Nguema en discussion apaisée avec les Bongo Valentin suscite de vives réactions. Le Chef de l’État y apparaît conciliant, demandant à la famille Bongo de « partir librement, sans vengeance ». Une posture qui amène le peuple à s’interroger sur la sincérité des arrestations annoncées après le coup d’État du 30 août 2023.

 

L’on se souvient qu’au lendemain du renversement d’Ali Bongo, le Comité de Transition pour la Restauration des Institutions (CTRI) avait promis la rupture: justice, transparence et fin de l’impunité.
Les images de l’arrestation de Nourredine Bongo Valentin et de ses proches avaient symbolisé cette volonté de changement.

Mais la diffusion récente d’une vidéo où le Président de la République adopte un ton calme et bienveillant envers les anciens dirigeants bouleverse ce récit. Pour de nombreux Gabonais, une question revient avec insistance :
ces arrestations étaient-elles authentiques ou simplement orchestrées pour apaiser le peuple?

 

Au début de la Transition, montrer la fermeté du pouvoir a permis de légitimer l’action du CTRI et d’apaiser une opinion publique fatiguée par des décennies de gouvernance familiale. Entre fermeté et clémence, le doute se crée. La réconciliation sans vérité risque d’être perçue comme une forme d’impunité déguisée, voire comme une manipulation émotionnelle du peuple.

 

Les Gabonais n’attendent pas de vengeance, mais de la cohérence. Ils demandent des réponses claires: les enquêtes annoncées ont-elles réellement eu lieu ? Des poursuites judiciaires ont-elles été engagées ? Les fonds publics détournés ont-ils été récupérés ? Dans un contexte où la confiance est fragilisée, le manque de clarté alimente la frustration et les soupçons.

 

Brice Clotaire Oligui Nguema est pour le peuple gabonais un sauveur, un homme de paix, prônant la retenue et la justice. Le peuple gabonais, éprouvé mais lucide, n’a plus besoin de symboles, il attend des actes et la vérité.

Le CTRI a su incarner l’espoir d’un nouveau départ pour le Gabon. Mais cette affaire, si elle n’est pas clarifiée, pourrait marquer le début d’un désenchantement populaire.

Il est clair que la restauration des institutions ne peut s’enraciner que dans la transparence, la justice et la sincérité du discours politique.

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