« Elections à deux tours ou pas, Ali Bongo sera battu! », dixit Pierre Claver Maganga Moussavou

Le 23 février dernier, les conclusions de la concertation politique convoquée et ouverte par le Président de la République Ali Bongo Ondimba dix jours plutôt ont été rendues publiques. A la suite de quoi, plusieurs voix de l’opposition se sont levées ; parmi elles, et pas les moindre, celle de l’opposant Pierre Claver Maganga Moussavou, Président du Parti Social-Démocratique (PSD), par ailleurs ancien Vice-président de la République. Ayant d’emblée refusé en mondo vision de prendre part à ce qu’il a qualifié de «mascaradepolitique» ,le futur candidat à l’élection présidentielle d’août prochain annonce la défaite cuisante du candidat PDG/majorité Ali BongoOndimba. Pour mieux saisir la charge sémantique de son discours, nous vous proposons ici, in extenso, son entretien avec notre Rédaction. Lecture !

 

Rédaction: Monsieur le Président, tout en espérant que vous allez bien ainsi que le Parti Social Démocrate (PSD), formation politique que vous présidez, nous voulons bien avant savoir avec quel état d’esprit entendez-vous aborder les futures joutes politiques.

 

 

Pierre Claver Maganga Moussavou (PCMM):

J’entends les aborder avec pragmatisme et beaucoup de sérénité. Pragmatisme parce que je connais les intentions de ceux qui sont en face, ceux qui sont au pouvoir. Des intentions de toujours frauder. Ce qu’il faut c’est trouver les voix et moyens de contourner cette fraude en sensibilisant les populations sur le fait qu’elles doivent veiller sur les mouvements des bureaux de vote. On leur donnera des coordonnées pour pouvoir envoyer les informations à nos quartiers généraux (QG), et il faut qu’elles (les populations) soient dans les bureaux de vote pour filmer les procès verbaux et les envoyer. Ce sont les consignes que nous donnerons à nos représentants qui seront dans les bureaux de vote afin qu’ils nous fassent parvenir les résultats par tous les moyens. De toute façon il va falloir qu’on réfléchisse pour contourner les difficultés et combattre la fraude à la racine.

 

 

Aussi, nommé pour le compte de l’opposition en tant que membre du comité ad-hoc chargé d’examiner les candidatures au poste de Président du Centre Gabonais des Elections (CGE), vous ainsi que deux autres membres de la plateforme politique »Alternance 2023″ à laquelle fait partie le PSD, n’avez pas daigné prendre part à la cérémonie d’installation du comité le dimanche 05 février 2023. Pouvez-vous nous rappeler les raisons de votre boycott ?

 

PCMM: C’est d’abord une histoire de groupe. Nous voulions revendiquer le fait qu’il ne revenait pas au ministre de l’intérieur de nommer les membres à la fois de la commission ad-hoc et du collège spécial. Ce faisant, il a violé la loi et la liberté des partis politiques de se regrouper, de se designer des représentants à deux instances que je viens de citer plus haut. Il nous avait conseillé d’aller nous retrouver , ce qui a été fait. Et d’autres, je crois instrumentalisés par lui le ministre de l’intérieur, ont quitté la salle en déposant des listes contraires à la liste consensuelle qui était celle élaborée par les partis qui sont restés sans que les autres n’aient eu la moindre descence d’informer les autres qui n’étaient plus partie prenante à la constitution de ces deux listes communes. Et le travail qui a été fait par ceux qui sont restés nous estimions que c’était ce travail là que le ministre devrait prendre en compte. Or, il avait une idée derrière la tête, celle de se choisir son opposition, donc celle qui accepterait aisément de voter un PDGiste à la tête du CGE contrairement à la loi, et exclure les rapporteurs et questeurs qui étaient dans les mêmes conditions que les vice-présidents. Voyez-vous ! Donc c’était fait à dessein et nous pensons que ça ne nous gênera pas du tout parce que nous saurons compter sur nos représentants et nous saurons imposer au niveau des commissions locales ceux qui vont être à la fois vice-présidents et membres de ces commissions. C’est à ne point douter.

 

 

Conséquemment à la précédente question, pensez-vous Monsieur le Président, que l’équipe de Michel Stéphane Bonda, nouvellement élu président du CGE le 10 février dernier dans les conditions que vous avez décriées, ne pourra pas garantir la transparence électorale aux futures échéances politiques ?

 

PCMM: Mais de toute façon tel que c’est parti, comme ça a toujours été, il n’y a jamais eu des élections non transparentes en elles-mêmes, mais des résultats non transparents parce qu’il ne faut pas confondre les choses. Certainement qu’on peut aller aux élections sans problème mais au sortir des urnes le pouvoir n’a jamais admis avoir été battu. Ce qui visiblement a toujours posé problème. Donc il va falloir se battre. Il va falloir que le peuple gabonais se mette debout pour qu’à l’occasion des élections il veille partout à travers le Gabon à ce que les résultats qui sortiront des urnes soient ceux qui seront annoncés par le CGE.

 

 

Monsieur le Président, venons-en au vif du sujet. En tant qu’un des acteurs politiques majeurs de notre pays, vous avez certainement suivi avec beaucoup d’attention les conclusions de la concertation politique convoquée et ouverte par le Président de la République Ali Bongo Ondimba, le 13 février 2023. Quelle lecture d’ensemble faites-vous de ce qui en ressort?

 

PCMM: Bien ! Ensemble nous pouvons examiner ce qui a été fait. D’abord il faut commencer par le commencement. Qu’est-ce que le Président a dit dans son adresse à la nation? Qu’il voulait des lendemains électoraux apaisés. Est-ce que vous pensez que c’est en réduisant la durée du mandat présidentiel passant de 7 à 5ans que cela a un impact sur les lendemains électoraux apaisés ? Est-ce que ça a un lien? La réponse est NON! Donc nous pouvons penser que le fait que l’opposition demande au Président de nommer aussi les sénateurs de l’opposition, en contradiction avec ce qui a été fait à Akanda, le refus que le pouvoir a essuyé de faire nommer par le Président de la République les sénateurs. Qu’est-ce que cela a avoir avec les lendemains électoraux apaisés ? On peut citer tout ce qui a été fait mais quel rapport il y a avec le fait que le Président de la République qui n’est pas élu se proclame élu ? C’est une question de mentalité, de comportement, de probité et d’honnêteté intellectuelle. Accepter qu’on est battu et qu’on cède la place à celui qui a été élu par le peuple ! Respecter le peuple ! Mais sur quoi se basent-ils? Sur la force? Mais cette dernière comme disait son père qui lui aussi se rapportait à celui qui a une heureuse pensée. On peut tout faire avec les bayinettes sauf s’asseoir dessus. Donc on peut toujours se référer à la force mais on fini par être emporté par cette même force! Et dans l’état où il se trouve, c’est que très sincèrement il n’aime pas le Gabon, il n’aime que lui-même et ses intérêts. Mais il finira bien par abandonner le pouvoir ou le pouvoir l’abandonnera forcément et le moment arrive bientôt.

 

 

Aujourd’hui, plusieurs voix de l’opposition laissent entendre comme vous que ce fût une <<mascarade politique>>. Est-ce qu’on peut dire, sans risque de se tromper, que vous qui avez ouvertement refusé de prendre part à cette grande messe politique aviez tort d’avoir eu raison plus tôt ?

 

PCMM: Je ne sais pas si on a eu tort d’avoir eu raison plus tôt, mais il s’agit là en face de vous plus qu’un autre, de quelqu’un qui a été acteur à la conférence nationale, et qui a pris une part active aux Accords de Paris et ceux d’Arambo. Il ne faut pas perdre de vue que c’est moi qui ai inventé l’enveloppe accodé et de pouvoir être co-président qui annule les conclusions des accords d’Akanda. On se rend bien compte que par rapport à ce simulacre detricoté de ce qui a été fait à Akanda, on s’aperçoit qu’à Akanda on a eu des avancées et que maintenant on est en plein recul.

C’est toujours bon de voir comment il y a un revirement d’opinions. Des gens qui pensaient que Maganga Moussavou a été à Akanda et n’a rien fait, aujourd’hui on s’aperçoit que nous avons obtenu beaucoup de choses tant l’opposition que le pouvoir. Tout laissé tomber c’est vraiment écœurant, révoltant. Je dirais même que ces gars sont des criminels. Faire qu’on aille se battre pour obtenir les élections à deux tours parce que Ali Bongo est malade, il ne peut plus faire deux tours et parce qu’il craint d’être battu et il sera battu de toute façon. Que ce soient des élections à deux tours ou à un tour il finira par quitter le pouvoir.

 

 

Lors de sa dernière conférence de presse à propos des conclusions de cette concertation politique, le premier ministre Alain Claude Bilie-Bi-Nze, par ailleurs Co-président de la majorité à ces assises, a surtout évoqué des raisons économiques pour justifier le retour des élections à un tour. Pour lui, le Gabon doit faire des économies. Or, dit-il, une élection à deux tours est coûteuse. N’est-ce pas là une raison suffisante pour essayer de rationaliser la dépense publique ?

 

PCMM: Donc maintenant il reconnaît que le Gabon est en difficulté??! Si on lui pose la question de savoir si le Gabon est en difficulté il dira que non tout se passe bien ! Et on a bien prévu 100 milliards pour ses élections !

Pour les raisons économiques, réfléchissons ensemble. Lorsque vous avez une élection tous les 7ans au bout de deux mandats vous avez 14 ans pour 2 élections. Lorsque vous avez des élections tous les 5ans, au bout de 15 ans, c’est à dire 14+1, vous aurez été aux urnes trois fois. A ce niveau, pensez-vous que c’est plus dispendieux pour une élection dont la durée du mandat est de 7ans qu’une élection dont la durée du mandat est de 5ans, puis on arrive pour les mandats de 7 ans au bout de 14 ans qu’on arrive quasiment à égaler avec 3 mandats de 5 ans?Où est-ce qu’on dépense le plus? Voyez-vous, c’est une grande cupidité que de dire que c’est dispendieux. C’est mot à mot les arguments qu’on a donné pour passer de 5 ans à 7 ans alors que la Conférence Nationale avait décidé que c’était 5ans. Et c’est parce que on sentait le Président Omar Bongo fatigué qu’on a dit qu’il ne fallait plus deux tours mais un tour. Donc on peut comprendre ces arguments tirés par les cheveux mais c’est d’une grande stupidité. Et comme je viens de le démontrer, c’est vraiment ridicule de pouvoir le dire car c’est tout le contraire. Une élection tous les 7ans est plus économique qu’une élection tous les 5ans.

 

 

N’y a-t-il pas lieu de craindre qu’à l’issu de cette concertation politique nous passions d’une simple modification du code électorale à une modification de la constitution, à quelques six mois de la tenue des élections générales ?

 

PCMM: Beh qu’ils fassent comme ils veulent ! Celui qui prendra le pouvoir, j’espère que ce sera moi, je modifierai tout cela comme je ferai modifier la loi organique de la Cour Constitutionnelle ainsi que d’autres lois organiques qui mettent le Gabon en mal par rapport à la démocratie.

 

 

Monsieur le Président, en guise de mot de la fin, qu’est-ce que vous aimeriez que l’on aborde lors de cette concertation politique et dans quel format ?

 

PCMM: Pour coller aux préoccupations entre griffes du Chef de l’Etat, c’est à dire des lendemains électoraux apaisés, il faut restructurer le CGE. J’ai souhaité qu’il y ait la co-présidence à tous les niveaux y compris les commissions électorales, les bureaux de vote. Revoir les missions du Conseil National de la Démocratie (CND) et lui donner un statut d’institution constitutionnelle car par elle nous avons une spécificité, laquelle j’ai réfléchi et obtenu l’accord du Président Omar Bongo la création du CND notre case à palabres. Une sorte de filtre où lorsqu’il y a des problèmes ça se règle comme chez nous au village, et quand ça sort si tout le monde n’est pas d’accord on envoie le dossier à la Cour Constitutionnelle pour qu’elle s’exprime en dernier ressort.

Mais le CND est considéré par moi comme l’attenuateur des tensions. Si vous avez des réclamations à faire, le CND met en place une commission ad-hoc qui examine ce que les uns et les autres ont comme préoccupations, et la commission ad-hoc travaille puis envoie le dossier en plénière, la plénière se prononce. Si c’est de manière consensuelle, on envoie le dossier à la Cour Constitutionnelle. Donc ça évite d’aller dans la rue.

Les fameuses concertations qui se passent prouvent bien que le CND ne fonctionne pas, parce que s’il fonctionnait c’est tous les jours qu’il y aurait concertation. Donc ce qui se fait là-bas c’est une mascarade, on créé donc des structures inutilement !

S’il n’y avait pas de CND au Gabon les concertations se justifieraient. Mais si le CND est là, c’est là-bas qu’on organiserait cela. Mais non, les gens estiment que c’est pas le lieu, il faut sortir du CND.

Le Gabon marche sur la tête !

 

Propos recueillis par Laurenne MAMBA et François Adzui Nguere

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