Gabon: Bertrand Zibi Abeghe recourt à l’Eglise Catholique pour sa sortie de prison

 Gabon: Bertrand Zibi Abeghe recourt à l’Eglise Catholique pour sa sortie de prison

Bertrand Zibi Abeghe

Cet ancien député de Bolossoville, dans le nord du Gabon, avait rejoint les geôles de la prison centrale de Libreville pour avoir contrarié le président Ali Bongo Ondimba, et ce depuis 2016. Suite aux conditions défavorables dans lesquelles il est détenu, il sollicite l’Eglise catholique à travers la lettre adressée à l’archevêque de Libreville, Mgr Jean-Patrick Iba-Ba, et  publiée ci-dessous, pour le sortir de prison.

 

Prison centrale de Libreville, le 05 janvier 2021.

Bien-aimé en Christ!

Monseigneur Archevêque de Libreville, c’est avec une immense joie et l’espérance en notre Seigneur Jésus-Christ mort pour nous sur la croix que je vous écris cette correspondance.

 

Permettez-moi à l’entame de celle-ci, de vous adresser mes plus vives félicitations pour votre brillante nomination, le 12 mars 2020 à la tête de l’Eglise catholique du Gabon. Que notre Seigneur Jésus-Christ veille sur vous et vous accompagne dans cette lourde et exaltante mission. Par la même occasion, je vous adresse mes vœux les meilleurs pour cette nouvelle année 2021, à vous, ainsi qu’à toute votre famille.

 

En effet, Monseigneur, voilà bientôt cinq(5) ans que je croupis dans les geôles de la prison centrale de Libreville aux conditions effroyables, épouvantables et inhumaines. Arrêté le 1er septembre 2016 au quartier général (QG) du Président élu, Jean Ping. Après une nuit d’intenses bombardements de son QG, et qui avait occasionné plusieurs morts.

Quelques temps, le commando me prit immédiatement. Après mon arrestation, le calvaire a commencé. J’ai été sauvagement torturé pendant plusieurs jours à la DGR du Camp Roux, en face de la Présidence de la République à Libreville.

Ensuite, j’ai été déféré à la prison centrale de Libreville où les supplices se sont multipliés, en subissant les pires atrocités qu’un être humain puisse subir, souvent jusqu’à perdre connaissance. J’ai été jeté dans un quartier disciplinaire appelé C/B (un véritable mouroir). Dans ce quartier, il n’y avait pas de lumière, vous ne saviez pas quand il faisait jour ou nuit, juste quelques trous d’aération. Le seul habit qui pouvait être porté était un slip, tellement la chaleur fut intense, que vous transpiriez comme si un seau d’eau vous avait été versé dessus.

 

Pendant mon séjour qui dure depuis plus de quatre(4) ans, j’ai failli perdre ma vie, d’ailleurs je ne peux plus lire sans lunettes. Durant mon passage dans ce quartier insalubre, j’ai perdu sept(7) codétenus en moins de 4mois. On ne dira jamais assez que la prison centrale de Libreville est un vrai mouroir. Plus tard, j’ai été transféré dans un autre quartier disciplinaire, le C/A. Dans ce milieu, on y trouve les pires assassins de notre pays, tous les tueurs dont vous avez entendu parler dans le pays. Le plus terrible, est que c’est dans cet endroit où sont incarcérés tous les malades mentaux de Gros-Bouquet.

 

Et oui Monseigneur! La maison d’arrêt de Libreville regorge en son sein plusieurs malades mentaux, plus explicitement des fous, comme ceux que vous apercevez déambuler dans les rues de Libreville. Selon les statistiques actuelles, l’on peut déduire à près de 25% le nombre total de fous dans ce C/A. Conséquence, il devient de facto un asile psychiatrique dont aucun d’eux ne reçoit des soins. Le plus ancien parmi eux, Bendji Henry Paul, est décédé après plus de 23ans de détention préventive, c’est à dire sans être jugé. Que la terre lui soit légère! Mieux vaut vous épargner des détails d’une vie dans un tel endroit. Un seul WC archaïque, une douche qui ressemble à une morgue, la violence quotidienne des fous, des blessures graves tous les jours… Le tout sur une grille métallique comme plafond et des murs cailloux, hauts de plus de six mètres. Ce milieu dit C/A est appelé par d’autres prisonniers “le couloir de la mort”. Ce n’est que depuis quelques mois que l’équipe dirigeante m’a changé de quartier.

 

Monseigneur, j’ai pu survivre à mon supplice uniquement grâce à mes prières et supplications adressées à notre Seigneur Jésus-Christ. Ainsi dit, plusieurs fois, j’ai vu la mort depuis le 31 aout 2016.

Monseigneur, comme vous le savez certainement, je n’ai rien fait pour mériter un tel sort. Mon calvaire a commencé après ma démission du poste de député à Bolossoville en présence du Président de la République. Mon seul tort, avoir publiquement désavoué sa politique sans insulter ni me bagarrer avec quelqu’un. Simplement une démission. Après cette démission, mon domicile familial a failli être réduit en cendre, c’est grâce à l’aide des voisins que l’incendie avait pu être circonscrit. Suite à cela, un voyou notoirement connu du grand banditisme a été instrumentalisé par le pouvoir en place pour m’accuser d’une histoire totalement fallacieuse. Une histoire sortit d’une véritable polar.

Malgré tous les témoignages qui me disculpent, j’ai quand même été condamné. Ce même pouvoir a également envoyé des agents de la DGR (Gendarmerie Nationale), clairement identifiés aujourd’hui, à aller cacher et découvrir une arme dans mon chantier. Seigneur viens nous vite en aide, ton pays le Gabon sombre.

Au tribunal de Libreville, les scellés de la fameuse arme ont disparu. Plus de balles, plus de chargeur, mais surtout ce n’est plus la même arme qui est présentée au procès, simplement parce que les autorités américaines, ma deuxième patrie, et mon avocat français au Barreau de Paris demandent l’expertise des scellés. Ceci pourrait se faire en trente(30) minutes par le FBI et surtout gratuitement pour le tribunal de Libreville, qui, contre toute attente refuse cette aide. Pourquoi?

 

Monseigneur, tous mes droits sont violés. Le nouveau code pénale en son article 300 stipule que: “lorsque vous faites appel d’un jugement si vous n’êtes pas jugé dans les deux mois qui suivent, la condamnation est réversible pour une mise en liberté provisoire”.

Dans mon cas, cela fait bientôt deux(2) ans que mon dossier est bloqué à la Cour d’Appel de Libreville, en violation de toutes les règles de droit en République Gabonaise.

Pour couronner le tout, la Cour d’Appel s’est déclarée incompétente en statuant sur mon cas. Une première dans les anales de la justice du Gabon et sur terre. Simplement pour vous dire Monseigneur, que devant Dieu et les hommes je ne me reproche de rien. Par ailleurs, j’ai décidé de me battre pour la justice, le droit de vérité, la lumière et non les ténèbres, le bien-être de tous les gabonais et non celui d’une poignée d’individus. Nous sommes un pays bénit de Dieu, immensément riche, mais dont la population est l’une des plus pauvre d’Afrique et du monde. J’ai pu le voir de mes yeux à travers le Gabon durant mon mandat de député à l’Assemblée Nationale.

 

Monseigneur, pour la petite histoire, lors de mon entretien avec le défunt Président sud-africain, Nelson Mandela, que j’ai eu la chance et surtout l’immense honneur de rencontrer, il m’avait dit mon fils “la chose au monde la plus difficile à défendre est la justice”. A cet instant je ne comprenais pas, maintenant je comprends mieux sa pensée. Paix à son âme.

 

Fort de ce qui précède, Monseigneur, j’ai accepté entièrement Jésus-Christ de Nazareth du fond de ma cellule. Je lui ai entièrement fait confiance, je sais qu’il a un grand plan pour notre pays le Gabon. A la prison centrale de Libreville, j’ai pris mes sacrements (baptêmes, communion, confirmation).

 

Aujourd’hui je suis fervent catholique, entièrement engagé à l’Evangile de Seigneur Jésus-Christ. Evangile de la vérité. Depuis bientôt cinq (5) ans j’ai été coupé des miens, de mes enfants, de la vie et tous ceux qui me sont chers. Pour lors, je reste résolument debout pour défendre la vérité et la justice, tout en acceptant avec courage et humilité mon triste sort, car l’avenir du Gabon demeure dans la justice avec en toile de fond l’état de droit, et surtout le respect de l’être humain créé par Dieu à sa ressemblance. Pour ma part nonobstant mon triste sort, je ne suis ni rancunier ni amer, ni aigri ni revanchard, ni de haine. Mon cœur est plutôt rempli d’amour, de compassion, d’espoir et surtout de meilleur avenir pour mon cher pays le Gabon. Maintenant je prie même pour mes ennemis comme nous le recommande les saintes écritures. Je pardonne à tous mes persécuteurs, mais je n’oublie pas les tortures qui restent à jamais gravées dans ma mémoire.

 

Pour cette nouvelle année 2021, je vous exhorte de demeurer dans votre cœur la paix, le courage, la vérité, et de soutenir toujours les plus faibles, ainsi que les opprimés. Monseigneur, priez pour les prisonniers, car on ne sait pas ce dont l’avenir nous réserve si nous sortirons d’ici vivants, mais j’ai la foi et la confiance en un nouveau Gabon. Un Gabon ou pour être député, sénateur, DG, ministre, Premier Ministre ou Président on aura plus besoin de crimes rituels.

-Un Gabon où les richesses que Dieu nous a donné seront équitablement partagées entre tous les fils de notre pays. Un Gabon où le juge pourra dire la vérité, rien que la vérité.

-Un Gabon où ne règnera plus la loi du plus fort, mais le respect et l’amour entre nous.

-Un Gabon où un simple mortel ne prendra plus la place de Dieu le créateur pour ôter la vie à autrui.

-Un Gabon où la femme gabonaise, notre mère, notre sœur, notre fille n’aura plus à se prostituer pour un kilogramme de poulet ou un habit à moutouki. Un Gabon où chacun mangera à la sueur de son front.

-Un Gabon où sa jeunesse n’aura plus à prendre les kobolos pour oublier la misère et la précarité.

-Un Gabon où nos cabanes ne s’inonderont plus à la moindre pluie.

-Un Gabon débarrassé de tous ces faux pasteurs et faux hommes de Dieu qui exploitent la misère de notre peuple.

-Un Gabon refoulé de tous ces marabouts venus d’ailleurs pour nous envouter.

-Un Gabon où les jeunes, nos enfants, pourront trouver des emplois après leurs études.

-Un Gabon où nos retraités pourront toucher leurs pensions sans être molestés par les forces de l’ordre et de sécurité.

-Un Gabon où l’armée sera au service du peuple et non celui d’un individu, d’un clan, d’une province.

-Un Gabon où nos pistes d’éléphants pourront enfin être des routes praticables.

 

-Un Gabon aux gabonais. Un Gabon où sa diaspora à travers le monde pourra revenir au pays sans inquiétude afin d’apporter son expertise et développer notre pays.

-Un Gabon où nos enfants pourront enfin avoir de véritables écoles et non des classes de cents(100) élèves.

-Un Gabon où nos universités et Grandes Ecoles Supérieures formeront des élites du pays et non un parterre de chômeurs buvant le Malamba et le Moussoungou, sans une possibilité d’emploi dans un pays d’à peine deux millions d’habitants et une immense richesse.

-Un Gabon où le gabonais pourra produire ce qu’il mange.

-Un Gabon où l’eau et l’électricité ne seront plus un luxe réservé à la petite élite qui gère le pays.

-Un Gabon où l’on n’entendra plus ce langage d’influence: “TU SAIS A QUI TU AS AFFAIRE?” .

-Un Gabon où nos artistes (musiciens, footballeurs, hommes de culture, etc.) pourront vivre de leurs arts.

-Un Gabon où les journalistes n’auront plus besoin de chanter à longueur de journée des éloges d’hommes politiques pour avoir un gombo, mais pourront vivre désormais de leur noble métier.

 

Monseigneur, voilà en quelques mots le Gabon dont je rêve du fond de ma cellule à la prison centrale de Libreville.

Une fois de plus, bonne et heureuse année 2021.

 

Dans l’espoir que ma requête retiendra votre attention toute particulière, je vous prie de bien vouloir agréer, Monseigneur, l’expression de profonde déférence.

 

Bertrand ZIBI ABEGHE MONE ESSABDZANG YA BOUTH ENGASSE MONE NGONE ESSABOAK YA MOMO,

affectueusement appelé:

LE GNAMORO, L’IVOUNDA, LE NDJIM, LE NDOMBABA, L’OKOULOU, LE DJADJI, LE NDOSS, LE NKOUNKOUMA, LE REPE, L’AS DES AS, ZAMBE.

 

Que Dieu miséricordieux veille éternellement sur notre pays le Gabon.

Digiqole ad
Avatar

François Adzui Nguere

Articles connexes

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *