Après un mois de concertation nationale autour du Dialogue National Inclusif (DNI), la clôture a été faite ce mardi 30 avril 2024 à la présidence de la République. A l’issu de cela, les attentes des gabonais sont nombreuses. Dans cet optic, nous avons tenu à relever celles d’un acteur du secteur agricole au Gabon et qui est par ailleurs membre de la Société Civile, Hervais Omva, qui n’est pas allé sur le dos de la cuillère pour exprimer le problème lié à l’engloutissement du domaine de l’agriculture.
Tsang’Actu: M. Hervais Omva, vous êtes Ingénieur Agronome et fervent acteur du secteur agricole au Gabon, selon vous quels sont les principaux problèmes que connaît l’agriculture dans le pays ?
Bonjour madame et merci une fois de plus pour l’opportunité que vous nous offrez de nous exprimer.
L’agriculture au Gabon connaît un seul problème, c’est celui de la signature des programmes au nom de l’Etat gabonais, et qui malheureusement ne cadrent pas avec nos réalités. Ce sont là les conséquences des opérations de détournements des deniers publics.
Comment comprendre que nous continuons à faire confiance à des personnes qui, depuis plus de 20ans, sont au centre des décisions dans différents ministères et à des postes à responsabilité et qui décident même de l’orientation des dépenses de l’Etat.
Il y a quelques jours par l’entremise d’un autre média, je faisais le point sur 10ans d’investissement agricole au Gabon, vous vous rendrez compte que les milliards qui ont été engloutis par le Gabon sous la signature de certains cadres, certains ministres ou des hauts directeurs généraux gabonais. Je puis vous dire qu’avec cet argent on aurait atteint l’autosuffisance alimentaire au Gabon même 100 fois et je dirais même plus que cela.
Le problème du Gabon ce sont les détournements massifs d’argent qui doit être investi dans le secteur agricole. C’est aussi la haute corruption qui existe dans le secteur des importations des produits agro-alimentaires au Gabon, avec en toile de fond les exonérations des taxes et des impôts qui ne devraient pas avoir lieu. Pourquoi exonérer des taxes des entreprises ou subventionner certains produits or on peut investir pour créer de la richesse, créer une vague d’entrepreneurs agricoles et des emplois?
On voit d’autres pays comme le Nigeria qui soutient la création des milliardaires nigerians, pourquoi n’en trouverait-on pas des milliardaires gabonais qui ne sont pas liés à la politique ?
Donc, si le Chef de l’Etat, le CTRI et le gouvernement de la Transition veulent véritablement voir les lignes bouger dans le domaine de l’agriculture, il faut qu’ils aillent jusqu’au bout de leur logique en demandant à ceux-là qui depuis plus de 20ans signent, parlent et s’engagent au nom de l’Etat.
Voilà le gros problème de l’agriculture au Gabon, les détournements des deniers publics réservés pour ce secteur.
Voici le Dialogue National Inclusif (DNI) qui est arrivé à son terme. Vous y étiez fortement représentés par des membres éminents de la Société Civile Gabonaise parmi lesquels Marc Ona Essangui qui est 3e Vice-président du Sénat, et Nicaise Moulombi qui lui est 2e Vice-président du Conseil Economique Social et Environnemental (CESE), tous deux respectivement Président et Vice-président de la sous-commission agriculture au niveau dudit Dialogue. Quelles sont vos attentes au sortir de cette concertation nationale à propos de ce secteur? Et qu’attendiez-vous de vos représentants?
Le Dialogue National Inclusif qui vient de se tenir au Gabon est un cas d’école. C’est une fierté nationale. Pendant un mois, l’organisation menée par le Président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, assisté de l’ensemble des membres du CTRI et du gouvernement de la Transition, a été un travail majestueux auquel nous avons assisté. C’était une réflexion qui n’a jamais eu lieu au Gabon. Nous savons que aucune œuvre humaine n’est parfaite, mais pendant 1 mois nous avons vu dans notre pays des hommes et des femmes de tout bord et de toute opinion qui proviennent tant de la capitale que de l’intérieur du pays, sans oublier ceux venus de l’étranger. Ils se sont réunis pour parler et décider de l’avenir et de l’orientation du pays.
Moi en tant que citoyen gabonais et membre de la Société Civile, je suis fier du fait que la sous-commission <Agriculture et Environnement> a été confiée à un éminent représentant de la Société Civile, qui aujourd’hui nous représente également au niveau du bureau du Sénat.
Je fais entièrement confiance au professionnalisme et à l’amour du Gabon de notre compatriote, de mon aîné, Marc Ona Essangui. Et je sais que les débats et travaux dans cette sous-commission ont été conduits de manière intelligente.
Il ne faut pas oublier la forte participation de l’un de nos grands leaders du domaine environnemental, monsieur Nicaise Moulombi qui n’est plus à présenter. Sa voix est respectée aujourd’hui au Gabon et ailleurs, même si chez nous au Gabon on a tendance à ne pas reconnaître l’expertise locale.
Tous deux sont des experts reconnus et primés dans le monde entier. Nul n’a la science infuse. Bien que je sois acteur du secteur agricole, sur le terrain de manière permanente depuis plusieurs années, nous discutons énormément ensemble, ils connaissent parfaitement la situation de notre pays par rapport au secteur agricole. Ils connaissent les propositions qui sont les miennes. Donc je reste optimiste parce que je suis convaincu qu’ils les ont associées dans ce processus.
Sachant que le DNI se penche sur l’avenir du pays, peut-on dire que c’est le grand espoir pour les gabonais de retrouver leur dignité comme le leur avait promis le Président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, lors de son investiture le 04 septembre dernier ?
En ce qui concerne la dignité des gabonais, c’est un aspect essentiel et très important. Mais il faut savoir que la dignité des gabonais passe par le respect de l’opinion de chaque gabonais.
J’interpelle humblement le Président de la République, l’ensemble des membres du CTRI. Monsieur le Président de la République, messieurs les membres du CTRI, comment comprendre que un compatriote journaliste, pour avoir fait des investigations et écrit sur l’affaire de la « Ferme Mori » de Ntoum, qui est sous la gestion de la Sotrader Graine qui a été visitée il y a quelques semaines par le Premier Ministre, le Président de la République et le Ministre de l’agriculture soit menacé de mort?
Le gabonais a été choqué de voir cet établissement dans l’herbe. Le gabonais se pose la question de savoir comment se fait-il qu’un tel établissement soit dans cet état.
Monsieur le Premier Ministre, vous qui avez été sur le terrain, vous qui nous avez rappelé que cet établissement existe.
Monsieur le Président, au moment où vous nous avez promis restaurer notre dignité, ce journaliste n’a insulté personne si ce n’est de faire des investigations sur un problème qui a été présenté par le Premier Ministre, sur l’argent du contribuable gabonais.
Monsieur le Président, la Restauration des Institutions et nous redonner notre dignité passent par la parole. Libérez la parole. La parole construit, la parole détruit.
Il est nullement question l’on ternisse cette période de Transition, d’espoir pour les gabonais. Nous avons confiance au Président Brice Clotaire Oligui Nguema, nous avons confiance à l’ensemble des acteurs notamment de la Société Civile et de la Diaspora qui l’accompagnent dans ce processus, mais nous avons également confiance au CTRI. Il est important après ce DNI, Monsieur le Président, que vous puissiez nous libérer des personnes aux doubles agendas.
Que ceux-là qui se préparent pour les présidentielles à venir, dans leurs partis politiques, qui n’ont rien à voir avec le CTRI ou vous Monsieur le Président, libérez les pour qu’ils aillent s’organiser sur le plan politique, mais qu’ils ne viennent pas détruire le travail des espoirs que les gabonais ont porté en vous.
Voilà ce que nous attendons également des conclusions du DNI.
Au passage, nous tirons un coup de chapeau à l’Eglise du Gabon dans son ensemble. Ils ont tous participé au DNI.
Après un coup de libération sans effusion de sang, un Dialogue National sans injures, en tout respect d’une intelligence majestueuse ! Les gabonais sont intelligents.
Dans quelques heures, le rapport final sera remis au Président de la Transition, on reste confiants pour un avenir meilleur.

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